Voyage en Provence

dans les pas de Pagnol, Cézanne et Van Gogh

 

6, 7 et 8 septembre 2019

Par Nicole et Lydia

6 septembre

Le monde de Pagnol : Aubagne, La Treille

Après avoir quitté notre cher Dauphiné, tôt le matin, quelle joie de retrouver la Provence. Et pour commencer ce beau voyage dans les pas de Pagnol, Cézanne, Van Gogh, quoi de plus agréable qu’un pique-nique à l’ombre des arbres majestueux du parc Jean Moulin d’Aubagne. Puis, il est temps de rejoindre notre car où nous attend Joseph, notre premier guide qui a connu Pagnol et a même joué un enfant de chœur dans « Ugolin ». Nous nous rendons à La Treille, petit village que Marcel Pagnol (1895-1974) et sa famille traversaient pour se rendre à La Bastide Neuve.
Pour visiter ce lieu, notre important groupe de soixante-sept personnes a dû se scinder en deux et nous faisons la connaissance de notre deuxième guide, qui lui aussi est un passionné de Pagnol.

Grâce à eux, nous découvrons ce site qui a gardé son charme d’antan. L’église se situe au cœur du village face au restaurant « le Cigalon » tout près de « la fontaine de Manon », deux lieux immortalisés par Pagnol dans ses films

Sur une plaque commémorative de 1914-18 adossée à l’église, figure le nom de David Magnan, plus connu sous le nom de « Lili des Bellons », l’ami des collines de Marcel Pagnol, « Lili savait tout ; le temps qu’il ferait, les sources cachées, les ravins où l’on trouve les champignons, des salades sauvages, des pins amandiers, des prunelles, des arbousiers. »

Passage obligé à La Pascaline, villa où Marcel Pagnol a écrit les premières pages de ses souvenirs d’enfance, prémisses d’une fulgurante carrière.

En immersion totale dans le monde de Pagnol, grâce aux nombreuses anecdotes et aux  commentaires très riches de nos guides, nous nous laissons conduire vers le cimetière. Nous découvrons la tombe où repose l’écrivain auprès de sa femme Jacqueline, sa mère Augustine et sa fille Estelle, décédée très jeune.  Sur une simple dalle de pierre de Cassis, on peut lire une épitaphe empruntée à Virgile, signifiant « il a aimé les fontaines, ses amis et sa femme ». 

 

Non loin de son grand frère des collines, repose Lili des Bellons, mort au combat d’une balle en plein front, « tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms ».

Nous ne pouvons quitter le monde de Pagnol sans passer devant le château de la Buzine qu’il acheta en 1914 sans l’avoir vu. C’est en visitant les lieux, huit jours plus tard, qu’il reconnut « l’affreux château, celui de la peur de ma mère » où sa mère s’était évanouie lorsque la famille, traversant clandestinement la propriété, avait été surprise par le gardien redoutable et son molosse. Belle revanche, il venait d’acquérir le « Château de ma mère » !
C’est par le chemin des écoliers, en longeant la Montagne Sainte-Victoire tant de fois peinte par Cézanne, que nous rejoignons Aix-en-Provence

7 septembre

Aix-en-Provence : visite de la ville dans les pas de Cézanne, collection Tannhäuser à l’Hôtel de Caumont

La matinée du samedi est consacrée à la découverte de la ville dans les pas de Cézanne.

A Aix-en-Provence, il n’existe pas vraiment de centre-ville, au sens propre du mot, mais plutôt un axe, c’est le Cours Mirabeau. Au départ de ce cours, se trouve La Rotonde avec sa belle fontaine composite, mère de toutes les fontaines de la ville qui n’en compte pas moins de cent trente. Dans cette ville, il est très important de lever les yeux car on peut repérer une centaine d’oratoires, ces petits édifices à l’angle d’une rue abritant une niche où se trouve un personnage biblique.

Puis, nos guides passionnants nous présentent la Cathédrale Saint Sauveur, la Place de l’Hôtel de Ville avec le magnifique fronton de la Halle aux Grains et la Tour de l’Horloge…
Retrouvons Cézanne dans la ville en passant devant l’actuel Collège Mignet, ancien Collège Royal de Bourbon où étudièrent Cézanne et Zola.

Puis, sur un mur du Cours Mirabeau, notons une inscription annonçant la boutique du chapelier Cézanne qui n’était pas encore banquier. Ne pas oublier d’emprunter la rue Boulegon où l’artiste avait son atelier au n° 23.

 

 

Nous voici Salle Cézanne au Musée Granet qui présente dix tableaux du maître dont un préfigurant les versions monumentales des Grandes Baigneuses. Notre attention se porte sur un petit portrait de Zola, seul tableau de Cézanne appartenant au musée.
Après un repas convivial, nous voilà prêts pour visiter la prestigieuse exposition temporaire « Chefs d’œuvres du Guggenheim, de Manet à Picasso, la collection Tannhäuser » à l’Hôtel de Caumont.

L’Hôtel de Caumont, hôtel particulier du 18ème siècle, bijou de l’architecture aixoise, constitue un magnifique écrin pour les expositions dans une ambiance d’époque avec ses salons raffinés et un magnifique jardin à la française.

En 1963, Justin Tannhäuser, marchand d’art à New York, a 71 ans et aucun descendant. Passionné, comme son père, de peinture impressionniste, postimpressionniste et avant-gardiste, il décide de léguer sa collection privée de 75 tableaux à la fondation Guggenheim.

Présentée sur deux étages – un par siècle –, l’exposition frappe par l’unité des œuvres, voulue par Justin en son temps, qui offre pourtant au spectateur une grande variété de styles allant de Manet à Picasso en passant par Degas, Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Braque, Matisse..

Certains tableaux effectuent leur premier retour sur les terres qui les ont vus naître. C’est le cas du célèbre « Bibémus » de Paul Cézanne, mais aussi de ses admirables natures mortes destinées à « étonner Paris » ou encore des « Montagnes de Saint-Rémy » de Van Gogh. On retiendra également la superbe « Femme en robe à rayures » de Manet, peinture inachevée dont la restauration a magnifié la couleur, révélant un profond bleu violet sous le vernis.

L’installation est enrichie d’archives personnelles des Tannhäuser : carnets de notes, cartes de visite, photos… Car l’exposition ne célèbre pas uniquement des chefs-d’œuvre de la peinture, mais aussi le talent, l’ouverture d’esprit et la philanthropie d’une famille guidée par l’audace artistique. Une philosophie définie dès les débuts par Heinrich, le père, qui devait marquer l’histoire de la maison jusqu’à la mort de Justin en 1976 à Gstaad, en Suisse.

C’est au second étage de l’exposition que le caractère visionnaire des Tannhäuser prend toute sa dimension. On y découvre plusieurs pépites de l’avant-garde, de « La vache jaune » de Franz Marc à « La montagne bleue » de Kandinsky, chez qui l’on peut reconnaître les caractéristiques du groupe du Cavalier Bleu. Sans parler de l’incontournable Pablo Picasso, grand ami de Justin, dont une trentaine d’œuvres étoffent la collection avec notamment « Le Moulin de la Galette » et « Le homard et le chat ».

 

Très agréable fin de journée dans cette belle ville, nous apprécions la douceur de vivre aixoise.

8 septembre

Atelier de Cézanne – Van Gogh aux carrières de lumière

Tôt le matin, sous un beau soleil, nous partons à pied depuis l’atelier de Cézanne à la découverte du Terrain des Peintres.
Ce lieu est un hommage au peintre Cézanne et sur cette plateforme, face au motif grandeur nature, sont installées neuf reproductions des plus belles « Sainte Victoire ». Cette montagne a en effet dominé l’œuvre de l’artiste qui en réalisa des dizaines d’huiles et aquarelles. Ici, la vue sur fond de Sainte Victoire est sans obstacle et l’œil peut se promener sur cet espace qui reste miraculeusement préservé des atteintes de l’urbanisme. On peut avoir la sensation, ou peut-être l’illusion, d’un lieu où le temps se serait arrêté depuis Cézanne et où l’on marche sur ses pas pour installer comme lui son chevalet dans ce paysage magnifique.

Nous redescendons vers l’Atelier de Cézanne, une modeste bastide provençale où il travailla chaque jour des quatre dernières années de sa vie. Chaque matin, en toute saison, il quittait son appartement de la rue Boulegon et, de six heures du matin à cinq heures de l’après-midi, il travaillait dans son ” grand atelier à la campagne “. « J’y suis mieux qu’en ville » écrivit-il au marchand d’art Ambroise Vollard en 1903. Les jours de pluie ou de grand froid, il restait là, au milieu de ces objets familiers devenus les modèles de ses natures mortes : quelques faïences, des bouteilles, des vases, des fleurs en papier ou des étoffes, des fruits, surtout des pommes ainsi que des crânes et le petit “amour” en plâtre.

Aujourd’hui, nous ressentons avec intensité la présence du peintre à travers les objets qu’il a mis en scène dans ses natures mortes, ses chevalets et des croquis également laissés dans la pièce et même son célèbre chapeau et sa blouse accrochés au portemanteau. Avec étonnement, nous découvrons la trappe « secrète » qu’il avait fait aménager dans l’épaisseur du mur septentrional pour pouvoir faire sortir ses toiles grand format comme « Les Grandes Baigneuses » pour les observer à la lumière naturelle.

Après cette visite émouvante, dans l’intimité du peintre, nous rejoignons notre dernière étape : Les Baux de Provence, site de prestige au cadre extraordinaire. Là, nous partageons un repas convivial au cœur du village.

En contrebas du village, se trouvent « Les Carrières de Lumières ». Ces carrières de calcaire, autrefois utilisées pour construire le village des Baux offrent leurs sept mille mètres carrés de parois blanches, telles des toiles vierges, pour des projections d’images d’œuvres d’art numérisées. Cette année, est projetée en boucle l’exposition « Van Gogh, la nuit étoilée ». Epousant la totalité de l’espace, cette création visuelle et sonore retrace la vie intense du maître fasciné par les couleurs chaudes de la Provence.

L’exposition parcourt l’immense production de Van Gogh qui évolue radicalement au fil des ans, allant des « Mangeurs de pommes de terre » (1885) aux « Tournesols » (1888) en passant par « La Nuit étoilée » (1889) et « La Chambre à coucher » (1889).

Cette projection révèle les coups de brosse puissants du peintre et les couleurs audacieuses de ses toiles illuminent l’espace. Nous voyageons au cœur des œuvres, allant de ses paysages ensoleillés et ses nocturnes, à ses portraits et natures mortes.

En deuxième partie, nous est proposé « Japon rêvé, image du monde flottant », un voyage dans le Japon des geishas, des samouraïs et des esprits.

Cette création trouve sa source dans les estampes japonaises, art qui fascinait Van Gogh et qui influença son œuvre par la composition, l’utilisation du trait et la couleur. Nous entrons dans un monde féerique, tout en délicatesse, passant des cerisiers en fleurs à la mer avec l’iconique grande vague d’Hokusai pour finalement être plongés dans un ciel nocturne où flottent de superbes lanternes…un moment magique.

Après une photo de groupe à la sortie des Carrières, nous repartons mais laissons un peu de notre cœur dans cette belle région et auprès des magnifiques œuvres que nous avons pu admirer.
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