Jongkind à Paris

Jongkind arrive à Paris en mars 1846

L’arrivée de Jongkind à Paris en mars 1846 s’annonce sous les meilleurs auspices. Pourvu de la pension mensuelle que lui verse le prince d’Orange, il rejoint Eugène Isabey, devient son élève et s’installe près de l’atelier de celui-ci, non loin de la place Pigalle. Le quartier est le point de rendez-vous de jeunes artistes, notamment les Français Théodore Chassériau, Théodore Rousseau, Eugène Cicéri, mais aussi de peintres belges et hollandais avec lesquels il sympathise. Isabey lui conseille de diversifier sa formation et il s’inscrit dans l’atelier du peintre néoclassique François-Edouard Picot. Il suit aussi les cours d’Alexandre Dupuis qui possède une école de dessin rue Richer, à proximité. On distingue deux périodes pendant lesquelles Jongkind séjournera dans la capitale.

1846-1855 Premier séjour à Paris

La vie de bohème

Jongkind change souvent d’adresse, mais loge toujours dans le même quartier, autour de la place Pigalle ainsi qu’à Montmartre. Il fréquente les cafés où se retrouvent les artistes pour discuter d’art passionnément. Il profite de la chaude ambiance des cafés et a tendance à boire plus que de raison. Le quartier Bréda, situé au pied de la butte Montmartre n’abrite pas que des artistes, les « lorettes » y rodent. Certains de ses amis s’inquiètent de la vie dissolue que mène Jongkind. Il se rend souvent au café d’artistes Le Divan le Pelletier où Il rencontre notamment Gustave Courbet et Charles Baudelaire. Il tisse des liens forts avec Pierre-Firmin Martin, dit « le Père Martin » qui a une boutique rue de Mogador. Il devient le marchand et le soutien des peintres de Barbizon  et vend les toiles d’ Adolphe-Félix Cals, d’Eugène Boudin, de Jongkind.

 

Jongkind, peintre de Paris

Jongkind commence à peindre des vues de Paris en 1848. Dès lors, la capitale devient un thème récurrent dans son œuvre. Les ponts, les quais qu’il aime à saisir, la ville comme au fil de l’eau. En particulier des sujets variés qu’il se plait, tout au long de sa vie, à peindre et dont il reprend inlassablement les points de vue en des séries offrant parfois quelques variantes. Le peintre se promène sur les quais de la Seine, de Bercy à Auteuil, il aime particulièrement ceux proches de l’île Saint-Louis ou de l’île de la Cité.

 

 

Le quartier Notre-Dame

Il se passionne aussi pour le quartier de Notre-Dame qui sera un des sujets favoris de Jongkind de 1848 à 1864. Comme auparavant en Hollande Il est séduit par des couchers de soleil ou des clairs de lune, mais ceux-ci éclairent désormais les ponts de Paris enjambant la Seine, tandis que les tours de Notre-Dame se silhouettent dans le ciel, un motif que Corot avait traité avant lui.

 

 « Le choix des points de vue, le sens aigu des premiers plans et des détails, une vivante et allègre matérialité picturale sont chez ce premier Jongkind parisien de typiques façons de voir à la Corot. »

Jacques Foucart

Les tableaux parisiens de Jongkind

Les tableaux parisiens de Jongkind sont des tranches de la ville coupées net, des moments saisis sur le vif. Ce qui l’attire, ce n’est pas seulement le fleuve, mais la vie des quais et des rues : pécheurs, promeneurs, laveuses, ouvriers… On trouve chez lui le souci de témoigner de la vie quotidienne, à l’imitation des peintres flamands. Son analyse du sujet n’est pas toujours objective car il lui arrive d’ajouter ou d’omettre des éléments du paysage pour recomposer sa vision.

Les tableaux parisiens de Jongkind

Les tableaux parisiens de Jongkind sont des tranches de la ville coupées net, des moments saisis sur le vif. Ce qui l’attire, ce n’est pas seulement le fleuve, mais la vie des quais et des rues : pécheurs, promeneurs, laveuses, ouvriers… On trouve chez lui le souci de témoigner de la vie quotidienne, à l’imitation des peintres flamands. Son analyse du sujet n’est pas toujours objective car il lui arrive d’ajouter ou d’omettre des éléments du paysage pour recomposer sa vision.

Ses toiles sont souvent des « souvenirs »faits d’après des dessins et des aquarelles, ce que Jongkind n’a jamais caché. « Je les ai faits (les tableaux), après nature, bien attendu j’ai fait des aquarelles après les quelles j’ai fait mes tableaux. » (Expressions et orthographe de Jongkind dont la langue maternelle était le hollandais). Les dessins ayant reçu ses premières impressions et les peintures peuvent être de la même année ou porter des dates très différentes.

Pendant ses dix premières années passées à Paris Jongkind rencontre un certain succès ; il est accepté aux Salons, médaillé de troisième classe en 1853, et l’état lui achète deux tableaux : en 1851 le port de Harfleur et en 1853, le Pont de l’estacade.
Il expose trois vues de Paris à l’exposition universelle à Paris en 1855 dans la section française. Son travail est accueilli favorablement par la presse, mais il n’obtient aucune récompense au Salon, ce qui achève de le déprimer.

Il avoue son tourment dans une lettre à Eugène Smits :

 «Ce que j’ai éprouvé est incroyable… on ne m’a même pas donné une mention honorable, rien»

Johan Barthold Jongkind

Il est en proie à des délires paranoïaques, fragilité accentuée par l’abus d’alcool et la mort de sa mère cette même année. Accablé de dettes, il retourne en Hollande pour échapper à ses créanciers.

En 1857 Il fait un court séjour à Paris de fin juillet jusqu’en novembre. Le 2 Août, il participe à un diner en compagnie de Gustave Courbet, Jean-Baptiste Camille Corot, Jean-François Millet. En1858 : Il obtient une médaille d’argent au salon de Dijon.

Retour de Jongkind grâce à ses amis

L e 7 avril 1860, sur l’initiative du Comte Doria, une vente est organisée à l’Hôtel Drouot. 88 artistes (parmi lesquels Cals, Isabey, Corot, Daubigny, Théodore Rousseau…) proposent leurs propres œuvres aux enchères afin de liquider les dettes de Jongkind et de financer son retour en France. Cals est chargé de ramener Jongkind à Paris. Ils sont de retour dans la capitale fin avril 1860.

Deuxième séjour à Paris à partir de 1860

Au mois de mai, il fait une rencontre capitale chez « le père Martin », celle de Mme Joséphine Fesser, peintre et compatriote qui deviendra sa compagne, « sa parente », son « bon ange » jusqu’à la fin de ses jours. Elle veillera sur sa santé et ses fréquentations. Elle l’encourage à s’éloigner du quartier Bréda. Il emménage rue de Chevreuse en mai 1861. 

De 1862 à 1865, Jongkind effectue plusieurs séjours en Normandie.

A Paris, il arpente son quartier, observe et dans ses carnets, il note l’ambiance des rues d’alors, la rue Saint Jacques, la rue Saint-Séverin, la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Marcel avec les démolitions, la rue Notre-Dame-Des-Champs…

En 1968, Jongkind réalise une série des « démolitions de Paris », loin des rues marchandes et des boulevards à touristes, où il saisit sur le fait, les hommes et les chevaux à l’effort.
A l’occasion du Salon de 1868, Zola publie son premier article élogieux sur Jongkind.

Puis en 1872, Jongkind offre une vue de Paris à Zola lors d’une visite à son atelier. Il fait à nouveau l’éloge de Jongkind dans un article publié dans la cloche.
Tout le monde connaît ses marines, ses vues de Hollande, mais il est d’autres toiles qui m’ont ravi, qui ont flatté en moi un goût particulier. Je veux parler des quelques coins de Paris qu’il a peints dans ces dernières années.”

 

“ J’aime d’amour les horizons de la grande cité. Selon moi, il y a toute une mine féconde, tout un art moderne à créer,[…] la ville a des émotions diverses, devient un poème de joie ou de mélancolie.[….] L’art est là, autour de nous, un art vivant, inconnu. ”

 «Cet amour profond du Paris moderne, je l’ai retrouvé dans Jongkind, je n’ose pas dire avec quelle joie, il a compris que Paris reste pittoresque jusque dans ses décombres […] Un peintre de cette conscience et de cette originalité est un maître, non pas un maître aux allures superbes et colossales, mais un maître intime qui pénètre avec une rare souplesse dans la vie multiple des choses »

Emile Zola

la Cloche, 24 janvier 1872

En 1871, Edmond de Goncourt écrira : « L’enchantement des couleurs grises et barboteuses du plâtre de Paris semble avoir été surpris par un magicien dans un rayonnement aqueux. »

« Tout le paysage qui a une valeur à l’heure qu’il est descend de ce peintre, lui emprunte ses ciels, ses atmosphères, ses terrains. »

Le Journal, 1871