Jongkind en Hollande

Son enfance

Le 3 juin 1819, vient au monde Johan Barthold Jongkind, à Lattrop, un hameau dans la province d’Over-Yssel au Royaume des Pays-Bas, près de la frontière allemande. Ses parents, Gerrit Adrianus Jongkind et Wilhelmina Jacob Van der Burght, sont originaires du Brabant.
Johan Bartold est le huitième enfant d’une famille qui en comptera dix dont deux mourront avant sa naissance.
A Ornans en Franche-Comté, une semaine après Johan Barthold, naît Gustave Courbet. Les deux artistes se rencontreront à Paris à l’âge adulte.

A la naissance de Johan Barthold, son père est inspecteur de l’Enregistrement et des Domaines. L’année suivante, il est nommé percepteur à Vlaardingen, où la famille résidera jusqu’en 1835, date à laquelle Gerrit Adrianus sera affecté à Gouda. Vlaardingen, petite ville, de six mille habitants environ, à l’embouchure de la Meuse, est alors le plus grand port de pêche des Pays-Bas. Le futur peintre y passera donc une grande partie de son enfance, vivant là au rythme des marées, observant les bateaux qui rentrent et sortent du port, les vastes ciels, la surface de l’eau ondoyant au vent, les nuages, les lumières…sans oublier les canaux gelés en hiver.

A l’âge de six ans, il entre à l’école primaire qu’il décide de quitter en 1835. Il essaie alors de convaincre son père que son unique ambition est d’être peintre mais en vain. Il est alors placé comme clerc chez un notaire de Vlaardingen.
Son père meurt en 1836 et l’année suivante, sa mère déménage avec sa famille à Maasluis à environ huit km de Vlaardingen ; on s’éloigne de Rotterdam mais on se rapproche de La Haye.

Son apprentissage chez Andreas Schelfhout

Jongkind apprend la technique de l’aquarelle appliquée à la nature, technique à laquelle il donnera plus tard une formidable impulsion.
Puis, il commence à peindre à l’huile, « Au pied du moulin » est l’une de ses premières toiles. Jongkind peint rarement sur le terrain; pour lui « peindre d’après nature » signifie qu’il réalise ses aquarelles sur place et qu’il les utilise plus tard pour produire ses tableaux.

 Sa mère, fière de lui, l’encourage mais peut difficilement l’aider financièrement ; Il décide donc d’organiser des tombolas dont les prix sont des tableaux signés « Jongkind ». En 1843, Jongkind expose pour la première fois un tableau « Ferme près de La Haye »dans les locaux de l’association d’artistes amstellodamoise Arti et Amicitiae. Pendant la même période, il obtient à la suite d’une audience auprès du Guillaume 1er, une bourse d’études de 200 florins.

Sa rencontre avec Isabey

Le 17 novembre 1845, une statue équestre de Guillaume le Taciturne réalisée par Emilien de Nieuwerkerke, est inaugurée à La Haye. Le peintre Isabey assiste à cette cérémonie. Schelfhout recommande Jongkind à Isabey qui, après avoir jugé par lui-même le travail du jeune peintre, l’accepte comme élève dans son atelier parisien. Isabey a éprouvé sans doute aussitôt de la sympathie pour de grand Hollandais maladroit mais pétri de talent. En février 1846, Jongkind reçoit du prince d’Orange, par l’intermédiaire de son secrétaire, les fonds nécessaires pour solder ses comptes à La Haye, payer ses leçons de français et couvrir ses frais de voyage. La promesse est faite qu’une bourse d’études lui sera décernée par le roi pour un séjour prolongé à Paris.

Durant ces neuf années de 1837à 1846, Jongkind a vécu heureux, soutenu par la famille royale, sa famille, ses amis et son maître qui a très vite repéré son talent. Il s’est soumis avec joie mais aussi rigueur au long apprentissage du dessin d’abord, puis du lavis, de l’aquarelle et de l’huile. Mais il a aussi beaucoup observé la nature et s’est nourri de la pensée de ses aînés tels que Rembrandt, van der Neer et bien d’autres. Il manifesta cette influence particulièrement dans ses scènes d’hiver. Très attiré par la lumière du soir, les clairs de lune, il accordait déjà une part importante au ciel dans ses compositions.

C’est riche de tous ces enseignements que Jongkind arrive à Paris en mai 1846.

Retours en Hollande entre 1848 et 1869

Premier voyage en 1848

Début juin 1848, Jongkind retourne pour la première fois en Hollande depuis son arrivée à Paris. Il séjourne avec Andreas Schelfhout au Palais Royal Het Loo, résidence d’été de la famille royale. Il peint alors une quinzaine d’aquarelles, un récit illustré de la fauconnerie et des courses au trot aux abords du château. Ces œuvres qu’il a offertes au Prince d’Orange font toujours partie des collections royales néerlandaises. Durant les six derniers mois de 1848, il reste la plupart du temps à Maaslius où vit sa mère ; là, il, est très actif et visite de nombreux ateliers. Début 1849, il est de retour à Paris après un séjour à Bruxelles.
Fin 1852, sa pension prend fin comme prévu. Jongkind est cependant persuadé que l’arrêt de sa pension est dû aux rapports des espions du roi sur sa mauvaise conduite.

1855-1860 : difficiles années hollandaises

En 1855, trois tableaux de Jongkind sont exposés dans la section française de l’exposition universelle de Paris. Malgré les éloges des critiques, il ne reçoit aucun prix. Il est alors confronté à de nombreux chocs : fin de la pension, échec à l’exposition, décès de mère au mois d’août, accumulation de dettes, problème avec l’alcool.
Il se voit contraint de retourner aux Pays-Bas ; le 21 novembre, il quitte Paris.
Après un arrêt à Bruxelles, il est accueilli à Utrecht chez son frère puis reste quelques semaines à Amsterdam et enfin s’installe à Rotterdam. Il est ainsi proche de sa soeur bien aimée qui habite à Klaaswaal.
Avec son accord, la plupart des tableaux laissés dans son atelier sont vendus pour régler ses dettes. Son fidèle ami Sano devra même compléter avec ses propres deniers.
Jongkind est triste, il n’a pas d’amis en Hollande. Ses confrères lui font payer le fait d’avoir exposé dans la section française. Heureusement, il reçoit quelques visites : Beugniet marchand d’art, le Dr Piogey collectionneur, Nadar en 57, Sano.
Martin et Beugniet deviennent ses principaux marchands d’art. Overschie, Klaarwaal, les chemins de halage, les moulins, l’activité des ports de Rotterdam fournissent une grande variété de motifs que les clients de Martin apprécient beaucoup.

Cependant, Jongkind tient à garder son indépendance en peinture, rejette toute influence étrangère et passagère. « Il faut que je fasse les choses à ma manière et pour les autres, c’est rarement bon ». Il dira plus tard à l’abbé Gervat « Continue d’être toi-même, rien d’autre » ;
Même s’il, a besoin d’argent, il n’envoie pas quelque chose qui ne lui plaît pas. Jean Rousseau dira à son sujet en 57 « Jongkind traite vraiment l’art en artiste : nul besoin des exigences bourgeoises. Sa toile est-elle à l’effet ? Elle est finie, il pose son pinceau, il ne perdra pas son temps à la lécher, à la peigner, à l’endimancher pour lui procurer l’entrée des salons ».
Quand Jongkind dit peindre « d’après nature », cela signifie que ses tableaux sont produits d’après des aquarelles réalisées sur place « J’en ai un autre tableau terminé une vue près de Rotterdam et puis une autre en train et très avancé. Je les ai faits après nature, bien entendu j’ai fait des aquarelles après lesquelles j’ai fait mes tableaux »
Mais il regrette Paris « Il n’y a que Paris pour apprendre à savoir faire un bon tableau ». Il y fait un bref séjour en octobre 57, séjour au cours duquel, il rencontre Courbet.
Au salon de Dijon en 58, il obtient une médaille d’argent avec « Port de Hollande, effet du matin » et au salon de 59, il expose « Paysage hollandais, effet de soleil couchant »
En 1860, la détresse de Jongkind est de plus en plus perceptible à travers ses lettres, il est en mauvaise santé et Paris lui manque. Mais en France, on ne l’a pas oublié .En effet, grâce à son intelligence de cœur énorme, il a su tisser un réseau d’amis fidèles qui vont tout faire pour l’aider. Le 7 avril 1870, Cals, le comte Doria, Martin et Hadengue lui-même collectionneur ainsi que d’autres amis organisent une vente aux enchères réunissant les œuvres de 88 artistes dont Cals, Corot, Daubigny, Diaz, Isabey, Millet, Nadar, Th. Rousseau, Troyon…Cette vente rapporte plus de 6000F. Cals est désigné pour aller chercher « le grand Jongkind » à Rotterdam. Le voilà de retour à Paris le 29 avril où l’attend une vie plus heureuse.

Les étés en Hollande de 1866 à 1869

Quelques années après son retour à Paris, l’état florissant de ses affaires lui permet de réaliser son rêve : revoir la Belgique et la Hollande. De 1866 à 1869, il y passera tous ses étés.
En 1866, du 19 août à fin octobre, il séjourne en Belgique et en Hollande. Il se retrouve chez lui, il voit tout, regarde tout, le vent, l’eau, les navires, les marins…il rapporte un nombre incalculable de notes qu’il va utiliser en atelier, bien aidé par sa fameuse mémoire pittoresque, l’année 1866 sera très fructueuse. De ces carnets de voyage, sortiront de nombreux tableaux : La Grand’Place d’Anvers, le port d’Anvers et l’Escaut, les moulins près du canal de Kinderdijk, clairs de lune, levers et couchers de soleil…sans oublier de nombreuses vues d’Overschie avec son église au clocher si caractéristique.

En 1867, deux toiles sont acceptées au salon des Champs Elysées : « Patineurs à Overschie » et « Vue de la rivière l’Escaut, effet du matin, Anvers ». D’août à octobre, nouveau séjour à La Haye et Rotterdam.
En 1868, La Haye, Rotterdam, Dordrecht et Delft.

En 1869, Jongkind et Joséphine Fesser quittent Paris, le 20 août pour leur dernier voyage en Hollande. Ils visitent Bruxelles, Auvers, Dordrecht et Bois-le-Duc où se trouvent les racines adoptives de Joséphine.

Parmi les quatre derniers tableaux peints par Jongkind à La Côte-Saint-André figurait « Le polder de Zoutereen près de Delft», c’est dire à quel point le peintre, bien qu’ayant vécu plus de la moitié de sa vie en France est resté attaché à sa terre natale et cette dernière n’a jamais quitté son chevalet.